Sociolinguistique Urbaine

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Etude des pratiques langagières gallophones en petites et moyennes structures hospitalières de Haute-Bretagne

Clément Ferré doctorant en sciences du langage à l’université de Rennes 2 , sous la co-direction de Thierry Bulot université Rennes II et de Jean Peeters université de Bretagne Sud

Etude des pratiques langagières gallophones en petites et moyennes structures hospitalières de Haute-Bretagne. Interactions sociolangagières asymétriques, stratégies de réinvestissement et identité socioprofessionnelle. Mots-clefs : Sociolinguistique, langues régionales, traduction intralinguale, plurilinguisme, sphère professionnelle, socialisation langagière, travail langagier, force collective, idéologie de classe, pragmatique, analyse du discours, philosophie du langage.

  • Cette étude fait suite à un travail de recherche en Master ayant eu pour objet de recherche les interactions langagières entre personnel soignant (infirmièr-es et aides-soignant-es) et patient-es au sein du Centre Hospitalier de Fougères (Ille-et-Vilaine) et ce, lorsque ces interactions impliquent la pratique du gallo (et des variétés de de langues d’Oïl en général). Le recueil de données s’étant fait via les discours des travailleuses et travailleurs de santé grâce à des entretiens semi-directifs.
  • Le premier intérêt d’une telle recherche réside dans le terrain d’approche, à savoir la question de la présence et des pratiques langagières régionales dans la sphère professionnelle, spécialement quand l’autonomie des pratiques langagières en question est niée, ce qui est le cas du gallo et de la majorité des langues d’Oïl. La sphère professionnelle, surtout quand celle-ci est en situation urbanisée, est largement considérée comme étant le contre-espace de référence en ce qui concerne la pratique des langues régionales, étant donnée que celles-ci, au sein de l’imaginaire linguistique français, ne seraient pratiquées qu’en situation rurale et par des locutrices et locuteurs d’une certaine classe d’âge. L’étude réalisée à Fougères a permis de démontrer que non seulement les patient-es n’oublient pas le gallo une fois passé le seuil de l’hôpital et que les personnels soignants eux-mêmes amènent leurs propres pratiques. La rencontre des uns et des autres donnant alors lieu à des situations sociolangagières peu souvent analysées dans le champs des sciences du langage.
  • Cette entrée en matière permet de dépasser en partie, l’habituel schéma culturel lorsqu’il est de question de politique linguistique quand les langues régionales sont impliquées, à savoir la patrimonialisation de telle ou telle variété. Car à force de mettre en avant le côté identitaire du langage, il en est souvent oublié qu’il est aussi non seulement un instrument de communication, un média permettant de rendre compte de la réalité et un un moyen d’extérioriser la pensée et donc, l’Être. A partir de ce constat, nous plaçons la variation, l’équivocité, la circonférence plutôt que le centre, au sein de toutes les interactions étudiées, aussi bien entre les différentes instances d’énonciation qu’en leur espace même (sans forcément omettre les structures naturelles et socio-économiques globales qui les englobent et tendent à impliquer du déterminisme et une certaine continuité dans les faits).
  • Notre projet a pour ambition d’interroger les pratiques et représentations langagières des travailleurs et des travailleuses de santé (principalement infirmier-es et aides-soigfnant-es), exerçant en Bretagne dans les Centres Hospitaliers et Hôpitaux Locaux, c’est-à-dire dans les moyennes et petites structures hospitalières. Nous comptons interroger sur le travail réel, en comparaison avec le travail théorique et prescrit, afin de dégager des pistes d’appropriation et de prise en compte global de la culture des patient-es hospitalisé-es et plus précisément des pratiques langagières des personnes soignées. En prenant en compte le cadre socio-culturel de l’activité, de la migration de vie des travailleuses et des travailleurs de santé, nous espérons pouvoir mettre en perspective les manques quant à la formation professionnelle et la prise en compte des variations langagières, afin de favoriser une meilleure prise en charge des patient-es en Haute-Bretagne.
  • L’hypothèse est que le croisement de tous ces facteurs donne des résultats pertinents quant à une politique linguistique intégrant l’acte de langage en langue régionale plus que sa patrimonialisation. La perspective scientifique interdisciplinaire (sociologie/sociolinguistique) qui sera abordée notamment dans la rencontre langue régionale/sphère professionnelle peut impulser des perspectives de recherche au niveau régional comme au niveau national et plus particulièrement dans la zone de langues d’Oïl. Une telle perspective peut permettre de mettre en place de nouveaux contenus et calendrier de formation professionnelle et de sensibilisation auprès du grand public de la place des langues régionales et plus largement, de l’altérité langagière dans les situations où le langage peut être analysé comme outil thérapeutique.

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