Sociolinguistique Urbaine

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2011 et 2013. Programme ANR ESPACE ET TERRITOIRE : Les énigmes spatiales de la vie en société

Programme ANR ESPACE ET TERRITOIRE : Les énigmes spatiales de la vie en société

Titre du projet de recherche : La démolition des grands ensembles : un effet paroxystique des Attentes et Attendus en matière d’Espace (AAA). (décembre 2010- décembre 2013)

Durée 36 mois (à compter de décembre 2010)

Laboratoire Coordinateur RIVES-Ecole nationale des travaux publics de l’Etat UMR CNRS 5000 (Vaulx en Velin). (Resps. scientifiques : Philippe Genestier et Vincent Veschambre) Laboratoire Partenaire PREFics EA 3207 (Resp. scientifique : Thierry Bulot)

Depuis la fin des années 1990, la France a lancé un grand programme de démolition d’immeubles HLM en périphérie des villes. Ce programme, par son ampleur, son caractère spectaculaire et par la conjonction d’intérêts qui le motive, constitue un analyseur privilégié des représentations institutionnelles de l’espace et des références guidant l’action publique urbaine et territoriale. L’acte autoritaire consistant à « casser les ghettos » et à « en finir avec les grands ensembles » par leur dynamitage nous paraît un cas symptomatique où la praxis politique, architecturale et urbanistique se donne à voir dans toute son étendue. En effet, ces opérations de « table rase », dont on ne retrouve l’équivalent que dans les friches industrielles (Garçon, 2002), nous révèlent les critères du normal et du pathologique présidant aux jugements autorisés dans le domaine urbain. Ces cadres évaluatifs et praxéologiques, sous-tendant la disqualification de l’espace bâti, révèlent en négatif, mais de manière « détonante », les figures de l’acceptable et de l’inacceptable urbains. Les démolitions mettent à jour le système idéel dans lequel les élus, les techniciens et les médias se trouvent inscrits. Elles rendent particulièrement explicite le système d’imputations régissant l’action sur et par l’espace. Les postulats et les attributs qui conduisent à faire aujourd’hui une lecture des grands ensembles sur le mode des attentes déçues, du dysfonctionnement, de la déficience sont aussi ceux qui conduisent à formuler les attendus du jugement les désignant comme des milieux « criminogènes ». Dès lors, le « discours démolisseur » apparaît comme le moyen de saisir l’imaginaire sociopolitique contemporain de l’espace et de la ville. Nous considérerons donc la démolition comme une intervention particulièrement révélatrice des attentes sociales et institutionnelles vis-à-vis de l’espace et des attendus de l’action sur ce dernier, supposé efficient. Notre recherche ne portera donc pas sur la spatialité (« les usages de l’espace, les arts de faire avec l’espace dans la vie quotidienne des individus et des groupes ») mais sur le spatialisme, au sens de l’écologico-éthologisme (au sens où les configurations de l’espace physique détermineraient les relations sociales). La démolition des cités HLM en particulier, et dans la mesure où celles-ci représentent la quintessence de l’écologico-éthologisme technocratique d’hier, permet de mettre à jour la manière dont ce postulat fondateur de l’action urbaine se redéfinit aujourd’hui au sein du système de croyances dont procèdent aussi bien les acteurs publics de l’urbanisation que, bien que souvent à un moindre degré, ses acteurs privés.

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